Cauchemarde
Scrogn | 22 janvier 2008Le réveil affichait 2h43… Pas de l’après-midi (doux phantasme) mais bien du matin. J’attendais que le sommeil vienne me reprendre (mais il prenait son temps, le bougre) après avoir caressé, poussé, pincé, engueulé, griffé, frappé mon ronfleur invétéré de mari. Soudain, un bruit familier mit mes velléités de sommeil au placard (notre chambre en est largement pourvu) : BOUM !
L’habitude aurait voulu que je me ronge les sangs puis que mon petit cerveau fasse le lien de cause à effet. Ce cognement sourd a la fâcheuse tendance de se répéter, ces derniers temps. Seulement, le grand cri de détresse qui s’en suivit (une nouveauté), m’a extirpé de mon douillet- mais non moins ronflant- lit conjugal.
J’ai titubé vers la chambre de nos aînés en butant sur un jouet-qui-fait-pouic-pouic, en glissant sur le vomi du minet, en me cognant sur les murs (mais pourquoi y en a-t-il autant ?), en me fracassant le gros orteil contre la porte de l’antre-aux-monstres.
Assis dans son lit, un Crapulet en larmes tendait ses bras éplorés vers moi.
– M’man, m’man ! J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur ! Y’a eu un GROS bruit ! On aurait dit un MONSTRE ! Je suis sûr qu’il est dans le placard.
– Non, mon amour. Dans le placard, il y a mon sommeil…
– Hein ???
– Non, je plaisantais. Tiens, je vais m’occuper du fameux bruit…
Je me suis alors dirigée vers l’Affreux Jojo qui dormait à poings fermés sur… le plancher de sa chambre. Alors que je recouchais mon cadet dans un lieu plus confortable, je me tournais vers le Crapulet :
– Tu vois, mon ange, ce n’était que ton frère qui est ENCORE tombé de son lit. Bien que je puisse partager ton point de vue sur sa qualité de monstre, je ne pense pas qu’il se soit caché dans le placard… Remarque, il arrive à rouler pas mal de monde, alors atteindre le placard…
– Hein ???
– Non, rien. Je re-plaisantais. J’ai un humour décapant au milieu de la nuit.
– M’man ?
– Voui, mon trésor ?
– Tu avais peur des bruits bizarres quand tu étais petite ?
– D’abord, je n’ai jamais été petite, mon amour. Je suis ta mère, ne l’oublie pas. Deuxio, oui, je crevais de trouille quand un truc étrange me chatouillait les tympans en pleine nuit. Mais j’avais mes petits trucs…
– Ah oui ? C’était quoi ?
– Je me terrai sous mes couvertures, quitte à m’étouffer…
– Et ?
– Je comptais jusqu’à dix puis je décomptais jusqu’à un. Jamais su pourquoi…
– Puis ?
– J’attendais que mon super réveil digital affiche 4h44 du matin. Pour moi, le danger était alors écarté.
– Oooooooooooooohhhhhhhhhhhhhh !!! Et maintenant ?
– Ta maman a beaucoup mûri. Elle est devenue raisonnable, vieille trentenaire, avec une tonne de responsabilités. Fait que…
– Ça veut dire que tu n’as plus peur ?
– Ben si. J’ai des ÉNORMES bouffées de frayeur lorsque j’entends des bruits bizarres que je n’identifie pas, en pleine nuit. Mais, maintenant j’ai des petits trucs d’adultes…
– Et c’est quoi ?
– J’envoie Papa voir ce que c’est…
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